J'aime mordre le dos des garçons.

Fantasmagorie du samedi.

24 mai 2009

Long Long Road

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Je commence à écrire en écoutant Float, son album. Je commence à écrire tard le soir, une cigarette nous reliant d'un pays à l'autre, peut-être, les fumées traversant des vallées de silence pour venir s'enlacer.

Je l'ai rencontré le lundi 11 mai.
Peter.

http://www.myspace.com/peterbroderick


. Je rappelle Pia, la clope au bec, devant le Nouveau Casino. "Tu ne viens pas? Bon vu qu'Alma a annulé aussi, génial, je me retrouve toute seule en gros...". Soupir. "Repose toi bien, allez salut". Dans la salle, je tourne en rond, attendant que le concert de Marissa Nadler commence, avec ses deux premières parties. Seule, j'observe les gens, un grand échalat à ma droite se dandine d'un pied sur l'autre, semblant perdu; il me jete un coup d'oeil prudent puis se lèche les lèvres d'un mouvement compulsif, avant de se remettre à triturer sa chemise. Je m'approche de la scène, regardant. Un piano. Un violon. Une scie musicale. J'étais l'unique auditrice accoudée, accrochée sur le bord de cette petite scène; et depuis son arrivée discrète et feutrée jusqu'à l'extinction des projecteurs, je n'ai plus rien vu, plus rien entendu d'autre que lui. D'un mouvement doux et précis il pose sa guitare, soulève son violon, puis se tourne vers le piano, sa présence, rien que sa présence, me donne les larmes aux yeux. "My father wrote this song, I'm glad I...". J'ai commencé à pleurer, lentement. Ses doigts sur le violon, et ce regard... Quand les lumières se sont rallumées, j'avais l'impression d'être revenue du dedans de mon coeur, rempli de vent, de plaines, de plantes oscillant lentement sous la pluie, sous leur rythme tranquille et confiant qui ne change jamais, qui change toujours. Je le vois du coin de l'oeil s'installer pour vendre ses cd, parlant aux gens, les remerciant d'un sourire doux. "J'y vais... je vais lui dire, lui dire". A chaque fois une nouvelle personne surgit et moi, je recule dans l'ombre, n'arrivant pas à aborder tout bêtement cet être humain. Je note mentalement en souriant qu'il ressemble énormément à Nick Cave, en jeune et en "beau" pour les critères standard de beauté. Une sorte de Nick Cave non pas sexuel mais pur et peu perdu, extrêmement touchant. Finalement, quand je décide de me lancer, il a disparu, laissant l'emplacement vide et le temps pour que je me traite trente fois d'imbécile ("grosse merde t'es con merde!"). Je babille avec Coralie au vestiaire, buvant une bière, distraitement. Et soudain, adossé contre le mur, il est là. Une fille l'aborde pour acheter un de ses cd et d'un mouvement impulsif, comme si mon corps savait déjà qu'il fallait que je le fasse, je m'accroupis à sa hauteur et lui dit, sans réfléchir: "I wanna buy your cd... and I fell in love with you". Il lève véritablement les yeux et sourit d'un air surpris et... et carrément timide, avant de me tendre ce que j'étais venue demander. Confiante sans trop savoir pourquoi, je monte les marches qui mènent au fumoir, et jete un oeil en bas. Il me regardait. Je lui souris.

. La porte s'ouvre, tandis que je suis des yeux la foule dans la salle, en dessous. Je l'entends s'assoir en face de moi. "Hi... do you have a lighter?". "Yes, sure...". Silence. "Mind you if I give you my card, I'm also a musician and I really want you to listen to my music... you know, you make me cry!". Echange de sourire. On discute un peu, avec ma voix anglaise bien plus claire et franche que l'originale. Il me fait signe qu'il redescend. Je le suis. "Can we go outside, I wanna buy cigarettes?". Je lui montre un peu la rue Oberkampf, et puis comme ça, on continue de marcher. On parle, on marche, on marche, on marche... comme si nous nous étions toujours connus. "I wanna dance with you!" "With me?" "Mmh mmh". En revenant au concert, nous terminons chacun notre bière, puis je lui prends la main, et au milieu de tous, devant mes collègues et patrons du Nouveau Casino, devant ces inconnus, nous nous mettons à valser sur Marissa. Et tous disparaissent. "See, I'm turning red! I saw you when I was on stage, and I said to myself: bad idea, don't look at the girl, with her big blue eyes, and her blond hair, and...". Il baisse les yeux comme un enfant. Sourit, se mord les lèvres, puis saisit mes cheveux dans sa main, doucement. Et m'embrasse.

. Nous ressortons dehors, main dans la main. Dans cette petite rue que je connais bien, à l'abri de la circulation, nous nous asseyons à même le trottoir, et je sens mon coeur battre d'un rythme tranquillement délicieux pendant que je contemple le ciel presque noir de Paris. Tout est paisible. Nous nous tournons l'un vers l'autre. Je l'embrasse, à mon tour. Il regarde mes yeux, parcoure ma bouche de baisers volatiles, frôlés, ma tête se penche en arrière tandis que nos lèvres chavirent de plus en plus loin. "Usually I'm not that kind of guy, I mean, it's the first time I do something like that...". "I wanna do something but well..." "What? What do you want to do?". Je me saisais de sa chemise, et nous allonge l'un contre l'autre sur le gravier sale parisien. Il rit. On se relève à l'approche d'un taxi, qui vient lentement terminer sa course juste devant nous, coupant son moteur sous nos regards circonspects: on commence à rire en choeur, et en partant, je fais un petit coucou de la main au chauffeur à son volant; heureux, il me répond d'un signe avec un grand sourire. "Ah, les jeunes...". De retour une dernière fois au Nouveau Casino, je lui demande ce qu'ils font, avec Nils son compagnon de route et second pianiste occasionnel: "Tonight, we go to Rennes!" "Oooh lucky you! I wanna go to Rennes too..." "Do you want...? You can come with us." "Ok". Il me regarde. "Really?", "I told you, yes...!". Il part demander à Nils de faire de la place dans la voiture. Une demi-heure plus tard, coincée entre une guitare et un piano, je prends la route pour Rennes avec eux et du jazz qui s'égraine par la fenêtre, nos trois cigarettes brillant dans l'obscurité. Je pars sans portable, sans prévenir, sa main serrée dans la mienne depuis sa place à côté du conducteur à la mienne, sur la banquette arrière.

*

*

A  SNOWFLAKE

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. Une tempête prend vie petit à petit tandis que les kilomètres défilent sur l'auto-route. De temps en temps, Nils fredonne sur des airs de folk aériens ou du vieux blues. Je puise tout ce que mes yeux peuvent prendre par la fenêtre: la pluie, les nuages, la lune énorme et paisible, les lignes blanches qui se suivent vite vite. Soudain, mon coeur déborde d'une explosion de joie: je voudrais rire, remercier tout ce qui fais que je suis ici: je suis sur la route pour nul part, avec deux hommes rencontrés une heure plus tôt, vivante là sur cette portion de route parmi des milliers d'autres. Sa main revient chercher la mienne. Ses doigts glissent sur la vieille alliance de mon arrière-grand-mère, effleurent mon genoux, semblent vouloir tout caresser, tout aimer. La mienne rejoint la sienne et elles s'enlacent, fort. De plus en plus fort. Comme dirait Rose Dewitt Bukater: "C'était le moment le plus érotique de toute ma vie". Sous la pluie de plus en plus violente, nos mains ont fait l'amour, une heure, puis deux, alors que plus rien d'autre pour moi n'existait que ce contact tenu, et vivant.

. Arrivés devant l'hôtel, nous nous étirons avant de décharger les quelques valises et mon appareil photo, seul et unique bagage de cette étrange aventure. Chacun avait réservé sa chambre. Nous disons bonne nuit à un Nils épuisé, et nous installons sur un lit double, avec pour seul éclairage la télé sans son. Je ne me souvenais plus de cette sensation: j'ai l'impression d'être restée collée contre lui une minute ou bien une éternité, mais pas les 5h qui nous séparaient de la lumière du jour. C'était irréel. Et Rose de dire encore une fois: "Est-ce que nous l'avons fait? Non". Non. Mais pour la première fois depuis deux longues années, j'ai redécouvert ce que c'était que d'être enveloppée, doucement, attentivement, affectueusement. Avec amour. Au matin, il me dit: "Look... the morning...". Le jour commençait à se lever sur deux êtres humains oubliés du temps, et nous nous sommes assis en silence à la fenêtre, pour regarder les gouttes de pluie lentement descendre chaque feuille de chaque arbre, jouant leur intime symphonie, au milieu des oiseaux et de la verdure à l'infini. Je savais que nous étions deux à s'émouvoir de ce simple spectacle. Si j'avais du mourir à ce moment là, je n'aurais pas été plus comblée et sereine, avec mes cheveux en bataille et son tee-shirt gris trop grand recouvrant mes genoux, comme une enfant un peu trop grande.

Posté par kirieh à 02:41 - Permalien [#]